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Coronavirus: «Je comprends qu’il subsiste des frustrations»

27 mars 2020

 

Blaise Matthey, directeur général de la FER Genève, approuve dans l’ensemble les mesures prises par les autorités pour soutenir l’économie, même si certaines situations ne sont pas réglées de manière satisfaisante et qu’il attend de nouvelles modifications ou clarifications. Quant à la FER Genève, elle continue à assurer une partie de ses prestations à distance.

Les mesures annoncées par les autorités sont-elles satisfaisantes? Dans quelle mesure la FER Genève continue-t-elle d’assurer les prestations qu’elle fournit habituellement à ses membres? Blaise Matthey, son directeur général, répond à nos questions par visioconférence (entretien réalisé mardi 24 mars).

La FER Genève a demandé très tôt aux autorités de prendre des mesures en faveur des entreprises et des indépendants. Etes-vous satisfait de ce qui a été décidé?

Dans l’ensemble, oui. Les mesures annoncées recouvrent tous les domaines que nous avions signalés. Mais je comprends qu’il existe des frustrations des chefs d’entreprise, notamment au sujet du montant des allocations perte de gain qui peuvent leur être attribuées à certaines conditions. Nous recevons régulièrement des réactions de nos membres en ce sens. Mais quand on regarde ce qu’était, il y a une douzaine de jours, le système des allocations perte de gain et celui de la réduction de l’horaire de travail (chômage partiel), on constate un réel élargissement et un net assouplissement. Ce qui va être fondamental, maintenant, c’est le traitement des dossiers. Notre caisse de compensation, la FER CIAM, a reçu des instructions de Berne vendredi passé au sujet de l’élargissement des allocations perte de gain, mais ce n’est que lundi matin qu’elle a reçu la première documentation. Il y a encore beaucoup de flou sur la mise en oeuvre de la part des autorités fédérales. La FER CIAM a mis sur pied très tôt une hotline et des adresses e-mail dédiées pour pouvoir renseigner ses affiliés (lire en page 11 d'Entreprise Romande du 27 mars 2020). Elle met tout en oeuvre pour être à même de traiter les dossiers le plus rapidement possible, mais des milliers de demandes affluent. Le déploiement en quelques jours d’une organisation pour assurer le paiement de ces prestations en mode télétravail est un défi de taille qui requiert de la compréhension de la part des affiliés, car il comporte inévitablement des imperfections.

Les entreprises en difficulté auront de la peine à accéder à certaines des aides publiques, comme les cautionnements bancaires.

C’est juste. Le dispositif, à la base, n’a pas été conçu pour aider ceux qui n’avaient déjà pas de grandes chances de survie. Il s’agit de sauver en priorité les entreprises viables et d’éviter les effets d’aubaine. On pourrait aussi imaginer un système arrosoir, qui distribue de l’argent à tout le monde sans distinction. Mais il pose un problème d’équité dans la mesure où ceux qui n’en auraient pas besoin dans l’immédiat recevraient de l’argent qui serait à investir de manière plus importante pour d’autres afin de les sauver. Où se trouve l’équilibre? C’est difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut adapter les mesures en permanence et les mettre en oeuvre très rapidement. La Fondation d’aide aux entreprises du canton de Genève (FAE), par exemple, ne disposait que d’une dizaine de personnes pour traiter les demandes; elle a sous-traité une partie de ses tâches à des fiduciaires. Quant à la FER Genève, elle a procédé à des réallocations de personnel à l’interne pour pouvoir traiter le flot des demandes de tous ordres qu’elle reçoit.

Certaines collectivités publiques ont renoncé à percevoir les loyers commerciaux. Du côté des propriétaires privés, on parle plutôt de les reporter lorsque c’est possible.

Il ne faut pas oublier qu’il existe toute sorte d’acteurs parmi les propriétaires privés et que certains ont besoin du rendement de leur propriété pour vivre. Une task force est en train d’être mise sur pied par le Conseiller fédéral Guy Parmelin, qui va se pencher sur ces questions. Trouver une solution ne sera pas facile. On pourrait demander des abandons de créance pour tous les prêts, ce qui entraînerait une cascade d’autres difficultés. Mieux vaut continuer à considérer que l’argent n’est pas gratuit et faire le bilan lorsqu’on sortira de la crise. On verra à ce moment si on peut renoncer à certaines créances, et dans quelle mesure. En attendant, nous avons proposé que pour les baux commerciaux, deux des six mois de caution requis puissent être destinés au paiement du loyer dans les prochains mois, avec un délai de dix-huit mois pour rembourser le montant. Mais le bon sens voudrait surtout que des arrangements de paiement soient négociés au cas par cas et non pas généralisés afin d’éviter l’effet d’aubaine pour certains. Il vaut mieux garder un locataire avec un arrangement de paiement plutôt que des locaux vides.

Et la FER Genève, dans quelle mesure continue-t-elle à fonctionner?

Elle fonctionne pour l’essentiel par télétravail. De 10% à 15% de notre personnel continue à venir dans nos locaux du quartier de Saint-Jean. Certaines choses ne peuvent pas être faites à distance, comme les opérations de maintenance du bâtiment, des systèmes d’information, d’hygiène. Il en va de même de la mise sur pied de nouvelles prestations dans les institutions sociales. Nous avons essayé de réduire au minimum le présentiel, mais il y a un seuil au-dessous duquel on ne peut aller sans mettre en danger les prestations. C’est une notion souvent incomprise quand on parle de confinement total. Je préfère celle de confinement maximum. En ce qui concerne nos prestations, toutes celles qui impliquent une présence et des échanges face-à-face sont suspendues. C’est le cas des conférences d’information, des formations, du restaurant, de la cafétéria, des guichets. Nos bâtiments sont fermés et seuls les collaborateurs dont la présence physique est indispensable y ont accès. Des mesures de sécurité et d’hygiène strictes sont imposées. Tous les services qui peuvent être assurés par télétravail le sont. C’est le cas d’une partie des services de nos institutions sociales, du Service d’assistance juridique et conseils, des secrétariats d’associations professionnelles, de la communication, de la promotion, de la direction générale. Nous avons mis sur pied une cellule de crise dès le début, qui comprend tous ceux qui ont des responsabilités élevées et qui se réunit tous les matins en téléconférence.

Sur quelle durée de crise vous fondez- vous?

Nous nous fondons sur un scénario qui prévoit que tout va rester gelé au moins jusqu’à fin avril.

Quels conseils donner à un entrepreneur dans ces circonstances?

Il faut essayer de garder le moral et de le faire garder à tous ceux qui vous entourent, même si ce n’est pas facile. Et recourir à tous les moyens à disposition pour essayer de couvrir ses charges, garder suffisamment de liquidités, assurer la sécurité de ses collaborateurs, respecter le droit du travail, etc. Les informations essentielles à ce sujet se trouvent à l’adresse www.ferge.ch/coronavirus. Pour ce qui est de l’AVS, nous encourageons les entrepreneurs à faire usage des mesures à disposition. Il peut s’agir non seulement de demander des allocations perte de gain coronavirus s’ils remplissent les conditions, mais aussi de procéder à l’ajustement de leurs acomptes 2020 au plus vite et de demander un plan de paiement des cotisations sans intérêts moratoires s’ils en ont besoin. Notre objectif est d’aider un maximum d’entreprises et de personnes, et en priorité nos membres. Nous devons aussi mettre sur pied de nouvelles prestations, ce qui peut occasionner une certaine surcharge. Nous demandons l’indulgence des membres à ce sujet. Notre personnel est totalement mobilisé et je salue son très grand engagement. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais nous ne sommes pas les autorités. Certaines questions ne sont pas de notre compétence. Les aides financières, par exemple, dépendent de la Fondation d’aide aux entreprises et le chômage partiel de l’Office cantonal de l’emploi. Dans le domaine des assurances sociales, ce n’est pas nous qui décidons des montants qui peuvent être alloués.

Mais vous êtes en contact avec les autorités?

Oui, plusieurs fois par semaine, tant au niveau cantonal que fédéral, directement ou à travers les organisations dont nous sommes membres. Nous relayons les préoccupations de nos membres. Nous mettons beaucoup l’accent sur les indépendants et les PME, mais il ne faut pas oublier les grandes entreprises et le rôle qu’elles jouent dans l’économie, par exemple à travers les emplois qu’elles fournissent ou les mandats qu’elles attribuent à des PME. Or, certaines connaissent des problèmes de financement. Il faudrait avoir de la souplesse dans la manière dont on considère les flux financiers intergroupe, mais ce n’est pas forcément ce qu’on observe actuellement.

Retrouvez toutes les informations et les contacts concernant l’indemnisation de la perte d’activité des salariés et des indépendants dans le cadre du coronavirus en page 11 du journal Entreprise Romande disponible gratuitement en ligne.

 


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